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Terrorisme d’Etat: Pourquoi le gouvernement français a-t-il coulé le Rainbow Warrior ?

« Sur cette affaire, plein de bêtises se sont dites » – E. Plenel

Le 10 juillet 1985, deux bombes explosent au port d’Auckland et coulent le principal navire de l’ONG environnementaliste Greenpeace : le Rainbow Warrior qui était en train de protester contre le programme de test nucléaire sur l’atoll de Moruroa en Polynésie française. Cette action de la DGSE, les services de renseignements extérieurs français, causera la mort du photographe portugais Fernando Pereira et mettra le gouvernement national en situation de crise. Le directeur du service, l’Amiral Pierre Lacoste et le Ministre de la Défense Charles Hernu perdront leur poste dans cette affaire. Mais quels ont donc été les raisons qui ont poussé le gouvernement de François Mitterrand à effectuer ce qui est maintenant considéré comme une action de terrorisme d’état ?

 

Le 6 août 1945, les Etats-Unis lancent la première bombe atomique de l’Histoire sur la ville japonaise d’Hiroshima. Ce bombardement entraîne une véritable révolution dans les relations militaires inter-étatiques. C’est le début de l’ère nucléaire. Les autres grandes puissances ne vont évidemment pas laisser l’Amérique détenir le monopole de la plus puissante arme jamais produite par l’Homme et en 1970, 8 pays ont développé leur arsenal atomique : les Etats-Unis évidemment, mais également l’URSS, la France, le Royaume-Uni, la Chine, l’Inde, Israël et le Pakistan. Mais afin de pouvoir continuer le développement de l’arme, ceux-ci doivent effectuer de nombreux tests qui sont souvent fait dans les territoires d’outre-mer. Pour la France, ce sera la Polynésie et principalement l’atoll de Moruroa qui ne se trouve qu’à 4700km d’Auckland. Ce n’est donc pas une surprise si après le test français de 1966, une part significative de Nouvelle-Zélande (82% selon un sondage de 1971[1] ) se disait effrayée des risques de contaminations et se déclarait en conséquent contre ceux-ci.

La campagne de protestation va rapidement recevoir le support de l’ONG Greenpeace qui est « un réseau international d’organisations indépendantes qui agissent selon les principes de non-violence pour protéger l’environnement, la biodiversité et promouvoir la paix. Elle s’appuie sur un mouvement de citoyennes et citoyens engagées pour construire un monde durable et équitable »[2]. En effet, en 1972, elle envoie plusieurs navires dans la zone de test pour essayer d’annuler (ou au moins de ralentir) ces essais. Le problème prend de l’importance lorsque l’année suivante, la Nouvelle-Zélande et l’Australie attaquent la France devant la Cour Internationale pour la forcer à arrêter ses essais. C’est une victoire pour eux, mais l’accusé décide d’ignorer le verdict et de poursuivre son programme. La Nouvelle-Zélande réplique alors en envoyant deux frégates dans la zone de test en signe de protestation. La France est acculée et décide ainsi de dorénavant effectuer ses essais sous terre. Si la Cour Internationale est maintenant satisfaite, ce n’est pas le cas des groupes protestataires qui continuent leurs actions. Mais en 1975, le National (droite libérale) gagne les élections et gouvernera le pays pendant les 9 années suivantes. La conséquence directe de ce changement est l’arrêt de la protestation des kiwis, car le gouvernement désire être en bon termes avec Paris pour pouvoir avoir accès aux marchés européens. Greenpeace est dorénavant seul.

Mais en 1984, le Labour (gauche) reprend le pouvoir signifiant ainsi le retour de la protestation néo-zélandaise. En même temps, les environnementalistes se renforcent également dans la région en y envoyant leur plus gros navire le Rainbow Warrior. La menace est alors que celui-ci puisse rester dans la zone en se faisant ravitailler par de plus petits bateaux. Or, en France, l’armée est très claire, en cas d’arrivée du nouveau navire les tests seront sérieusement perturbés ce qui est inacceptable pour le gouvernement. En effet, pour le Ministre de la Défense Charles Hernu : « La poursuite des essais nucléaires est vitale pour la défense française. C’est des attributs fondamentaux de notre souveraineté. Nous ne pouvons pas tolérer que quiconque nous interdise de poursuivre ces expérimentations. »[3]. De plus, le président français François Mitterrand était alors très faible et craignait que si la campagne de protestation faisait trop de bruit, elle renforcerait les mouvements indépendantistes dans les colonies françaises du pacifique comme la Nouvelle Calédonie qui était alors en pleine guerre civile ou la Polynésie. En effet, ces mouvements étaient souvent anti-nucléaires et cette affaire était donc un véritable cadeau pour eux. La France se devait ainsi d’arrêter les actions de Greenpeace et le moyen d’y parvenir sera de couler le Rainbow Warrior le 10 juillet 1985.

Cet événement aura d’importantes conséquences à la fois pour la Nouvelle-Zélande et pour la France. Evidemment, les relations bilatérales se tendront comme en témoigne l’arrêt des importations réciproque. Le programme nucléaire français se poursuivra (avec quelques interruptions) jusqu’en 1966 lorsque la France accompagnés des Etats-Unis et du Royaume-Uni signera le traité TICEN qui interdit les tests nucléaires dans le Pacifique. Tandis que la non-assistance des alliés de la Nouvelle-Zélande lors de cette affaire marquera le début d’une politique étrangère plus indépendante.

 

Les raisons du sabotage du Rainbow Warrior sont multiples. La plus importante est sans doute le contexte du monde post-1945. Chaque pays qui peut prétendre devenir une grande puissance se doit de développer la bombe nucléaire et doit donc effectuer ses essais. Pour la France ce sera dans le Pacifique, sur l’atoll de Mururoa. Mais ces essais déclencheront les protestations de la Nouvelle-Zélande et de l’ONG Greenpeace. Et quand en 1985, Pacifique l’organisation envoie son plus grand vaisseau, en plus du renforcement dont bénéficierait les mouvements indépendantistes anti-nucléaire si les protestations se développaient de trop, le président François Mitterrand est contraint de réagir et le plan proposé par ses services de renseignements est de couler le navire. Acte qui est maintenant considéré comme une action de terrorisme d’état.

AdB

 

[1] BALL, G., Big World, Small Country: the 20th century and New Zeeland’s place in it, North Shore, Nelson Cengage Learning, 2013 p337

[2] https://www.greenpeace.fr/connaitre-greenpeace/mission/

[3] https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-31-aout-2016 27:05

 

Bibliographie

 

BALL, G., Big World, Small Country: the 20th century and New Zeeland’s place in it, North Shore, Nelson Cengage Learning, 2013  p336-339

THE SUNDAY TIMES, Rainbow Warrior: The French attempt to sink Greenpeace, London, Arrow Books, 1986

DROUELLE, F., Affaires Sensibles : Rainbow Warrior : sabordage en eaux troubles pour raison d’état, sur France Inter (https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-31-aout-2016), 31/08/2016

Causes, sur http://rainbowwarrioraffair.weebly.com/causes.html

Sinking the Rainbow Warrior, sur https://nzhistory.govt.nz/politics/nuclear-free-new-zealand/rainbow-warrior

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